Pic-nic dominical au Taklamakan

Veröffentlicht am: Autor: Walter Gerig

Pic-nic dominical au Taklamakan

De Marie Morand

China ChinaLever de soleil  pâle sur les pâturages vert-jaune, émaillés d’étangs argentés. Je sais leur puissance occulte, issue des rivières dévalant les Monts de la Lune et venues languir et se  perdre dans  les sables proches. Troupeaux blancs de chèvres aventureuses, de rares chevaux. Deux bergers ouïgours dans leur costume bleu et leur blanc bonnet carré, brodé de rinceaux noirs,  s’appuyent au talus de la route. L’horizon de dunes se rapproche à 100 à l’heure. Marqué par les fières silhouettes tordues des vieux peupliers du désert qui jouent les pins maritimes.

Car, soudain, c’est comme la mer un jour de tempête. Vagues courtes et désordonnées de petites dunes d’un sable beige, bordé d’ombre ocre.  Furie paisible comme sous le pinceau du  Delacroix orientaliste. Et, droit devant, la route sans numéro, en blanc sur la carte, endiguée de part et d’autre par 6 à 12 rangées de tamariniers roses, nourris au goute à goutte et désensablés régulièrement par des cantoniers à vélo, le balai et la pelle sur l’épaule. C’est parti pour 539 km de traversée au grand large du Taklamakan, désert fuyant, pour joindre notre aventure tibétaine à celle qui nous attend dans quelques jours en Mongolie.

Au beau mileu du trajet, surgit un grand parc de camions citernes, un poste de police, des cantonnements, des lignes à haute tension, alors que mes yeux suivent, pensifs, le départ de mystérieuses routes secondaires trop bien entretenues. Une heure plus tard, une moitié de melon miel amoureusement dentelé sur le capot de la Pajero de tête, nous regardons s’avancer le cortège de camions rouges au lourd équipement de forage. Y aurait-il plus que le désert et les villes de garnison chinoises de l’ancienne route de la Soie dans les sables du Taklamakan? L’angle obtus d’un soleil rayonnant sur fond rouge apposé sur plusieurs panneaux, nous renseigne.  Chinese Petroleum Company. On remonte dans les voitures. Destination Korla et ses immeubles-tours illuminés la nuit au son de la soul chinoise qui me servira de berceuse après le fastueux canard laqué. Belle entrée dans l’été!

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